Le Roi Sisowath Monivong et Les Sables d’Olonnes à la Belle Epoque

« On se rappelle qu’en 1906, après son couronnement, le Roi du Cambodge, Sisowath, qui vient de décéder, avait fait un assez long voyage en France, qu’il était venu visiter sous la conduite officielle de l’ancien maire et député des Sables, M. Fernand Gautret, alors administrateur en Indochine.

FGautret

Le Souverain était accompagné de son fils aîné, le Prince Monivong, qui comptait à peine la trentaine. Après le départ de son Père pour l’Extrême-Orient, le jeune Prince mit à profit son séjour en France pour y parfaire ses hautes études.

Il parlait déjà admirablement le français et d’esprit très ouvert et des plus cultivés, il s’ingéniait à découvrir et à assimiler toutes les finesses de notre langue. Il admirait sans réserve notre civilisation et nos institutions et s’adonnait plus encore à l’étude des arts et en particulier de notre archéologie.

Entre temps, il avait obtenu de notre gouvernement de compléter ses connaissances militaires. C’est ainsi qu’en Septembre 1907, il sortait de Saint-Maixent comme sous-lieutenant et qu’en cette qualité, il vint aux Sables à la fin de la « saison » en compagnie de son capitaine instructeur, M. Collet, qui lui avait été spécialement attaché pendant son passage en France.

Nous saluons dans la circonstance, la mémoire de ce brillant officier, qui chef de bataillon au moment de la guerre tombait pour la Patrie dès le début des hostilités.

Le Prince Monivong s’était installé avec la famille Collet dans la villa des Algues , sur le remblai. En son honneur, il y eut réception à la Sous-Préfecture, ou il tint les uns et les autres sous le charme de sa conversation et de son érudition.

Avant toutes autres stations, comme Deauville ou Biarritz, qu’on avait voulu lui faire connaître, il préférait notre plage et il s’y liait d’amitié avec nos compatriotes Lacouloumère et Mayeux, avec lesquels on pouvait les voir excursionner chaque jour, ou passer ses soirées au Grand Casino.

Preah Monivong

De caractère sérieux, mais d’une aménité charmante, ne disait-il pas avec humour à l’un d’eux, au moment de quitter notre ville : « Comment ne pas se plaire dans votre merveilleux pays, quand on y constate que l’Amour lui-même s’y est organisé comme perruquier », faisant ainsi allusion à la maison de coiffure de M. Lamour qui habitait place de l’Eglise, où il se faisait raser chaque matin.

Nous savons que le Prince Monivong a toujours conservé le meilleur souvenir des Sables.

re MOnivong

Que Sa Majesté veuille donc bien nous permettre, à l’occasion de son avènement au trône du Cambodge, de lui formuler le plus respectueux hommage de nos vœux sincères de bonheur et de santé.

La population sablaise serait grandement honorée, si se rendant en France après son couronnement, le Prince Monivong comme autrefois, venait nous revisiter et se reposer chez nous. Nous lui ménagerions l’accueil le plus déférent et le plus enthousiaste, dû non seulement à cet insigne ami des Sables, mais plus encore à ce grand souverain colonial, fervent ami de la France »

Le Syndicat d’Initiative des Sables d’Olonnes in « La Vendée  Républicaine », août 1927

Le Roi Sisowath Monivong et l’Ecole Militaire d’Infanterie de Saint-Maixent

Monivong Saint Maixent

« En 1906, le Prince Sisowath Monivong vient en France accompagnant son Père, le Roi Sisowath et séduit son entourage “par son affabilité, sa distinction et la largeur de son esprit”. Très attiré par la France, il souhaite y recevoir une éducation administrative et militaire. Son désir est exaucé par le gouvernement français qui l’admet le 19 juillet 1906 à l’Ecole Militaire d’Infanterie de Saint-Maixent.

Son arrivée au quartier Coiffé ne passe pas inaperçue ; il s’y présente « le crâne surmonté d’un gibus, vêtu d’un veston de smoking, égayé d’une fleur et ceint du traditionnel sampot à queue. Il est chaussé de souliers vernis et ses mollets sont gaînés de bas de soie noire ». Ayant reçu le matricule 9813, il partage le sort des 27ème et 28ème promotions « Centenaire d’Iéna » et « Casablanca ». Son incorporation pose toutefois un problème particulier car c’est le seul élève à n’avoir accompli aucun service militaire avant son entrée à l’école. En outre, s’il comprend un peu le français, il le parle très mal.

Vue générale du Quartier Coiffé à Saint-Maixent
Vue générale du Quartier Coiffé à Saint-Maixent

Pour pallier ces difficultés, le Lieutenant-Colonel Lavisse commandant l’EMI d étache auprès du Prince un conseiller particulier, le Capitaine Collet. Celui-ci a effectué la majeure partie de sa carrière dans les zouaves en Algérie. Le maître et l’élève se prennent rapidement d’amitié : s’ils fréquentent le terrain de manœuvres du Panier Fleuri, ils se rendent aussi très souvent à Paris en permission.

A l’issue de sa scolarité, le futur Roi du Cambodge est dispensé d’examen de sortie. Estimé « réservé, intelligent, très sérieux, laborieux, désireux de bien connaître la France pour laquelle il semble avoir un sentiment de reconnaissance et de dévouement », il reçoit un simple certificat d’aptitude. Le document atteste « qu’il a acquis les connaissances pratiques et théoriques pour exercer les fonctions de sous-lieutenant ». Le chef de corps ajoute qu’en recevant ainsi l’épaulette il pourra quitter honorablement l’école. L’élève officier Sisowath Monivong reçoit son premier galon le 24 mai 1908 et est affecté au 2ème RE.

monivong 1906

De Phnom Penh, le Roi son père, émet alors le souhait que le nouveau sous-lieutenant continue à perfectionner son instruction administrative et militaire en métropole. Monivong sillonne donc tout le pays en compagnie du Capitaine Collet ; il est désigné pour accomplir un stage d’application notamment au 126ème RI de Brive. Le ministre de la guerre mute également le Capitaine Collet, promu chef de bataillon, dans ce régiment, affirmant que le sous-lieutenant Sisowath Monivong ne saurait se passer d’un guide et d’un conseiller aussi compétent et éclairé que l’officier de zouaves. Les deux amis vont alors mener dans la sous-préfecture corrézienne une vie d’autant plus agréable que leurs frais de séjour sont intégralement réglés par le ministère des colonies. Seule ombre au tableau à ce moment-là, le chef de corps du 2ème RE réclame son sous-lieutenant. L’état-major lui répond de continuer à le faire figurer sur les contrôles du régiment tout en lui faisant comprendre qu’il ne le rejoindra jamais.

Roi SIsowath et Roi Monivong

Les meilleures choses ayant une fin, le Prince est rappelé par le Roi et doit regagner la capitale du Cambodge sans son camarade. Il obtient un congé illimité le 26 mai 1909 et va ainsi continuer à être porté sur les rôles de la Légion Etrangère jusqu’en 1917 sans accomplir un seul jour de service actif. Toutefois, en 1914, il veut aller se battre en France aux côtés de ses condisciples de Sanit-Maixent mais le Souverain, très âgé, le lui interdit. Il doit se contenter d’encourager le recrutement de volontaires khmers et de se faire « l’apôtre des emprunts de la Défense Nationale en faisant souscrire à son Père une somme d’un million de francs ».

La position statutaire du Prince Sisowath Monivong ne l’empêche nullement de bénéficier d’un avancement régulier. Il est ainsi nommé dans tous les grades jusqu’à celui de chef de bataillon qu’il atteint en 1921. Rayé des cadres en 1932, le Monarque, qui est monté sur le trône le 9 août 1927, reçoit les étoiles de Général de Brigade honoraire le 10 juillet 1934. Il est très fier de cette promotion et se fait abondamment photographier en tenue, coiffé du képi à feuilles de chêne. Il ordonne même d’édifier une statue le représentant en uniforme dans ses jardins de Kompong Speu. Quelques jours avant sa mort le 24 avril 1941 il se plaît encore à évoquer devant l’Amiral Decoux les heures joyeuses passées à Saint-Maixent et à Brive.

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La carrière atypique du Souverain khmer, réglée par des impératifs diplomatiques et politiques, est certes très différente de celles des officiers indochinois de la même époque. Etant donné son caractère pittoresque, elle mérite cependant d’être contée. »

D’après l’article paru dans le « Bulletin de l’ANAI » (Association Nationale des Anciens et Amis de l’Indochine et du Souvenir Indochinois), Paris, 2ème trimestre 2000.